Accéder au contenu principal

Brèves de travail : L'enfance triste.

Si tu me suis depuis longtemps, tu sais que je suis fonctionnaire. Dans l'administration, d'abord pour l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris puis pour le Conseil Départemental du Nord. 
Je marche toujours sur des œufs quand je parle de mon travail puisqu'en tant qu'agent public, j'ai un devoir de discrétion et on ne sait jamais jusqu'où l'on peut taquiner la bête...

A défaut de brèves de comptoir, et comme on ne sait pas si un jour, on autorisera de nouveau les gens à s'accouder sur le zinc d'un bistrot, une nouvelle rubrique voit le jour! 

Dans mes attributions, je suis amenée cette année à côtoyer un service d'Aide Sociale à l'Enfance. 
Et quelle misère… On se doute mais en fait, non on ne peut pas imaginer tant de malheur. 
Des enfants trimballés de famille d'accueil en famille d'accueil dans le meilleur des cas, quand il reste des places disponibles. Et avec cette pandémie, on ne voit plus que leurs yeux. Et ce sont ces regards qui me tordent le bide lorsque je suis "obligée" d'aller dans ces services. Oui, obligée. Je déteste y aller. Je déteste être confrontée à cette tristesse. 
Ce n'est pas que la tristesse, c'est aussi  la résignation. Et c'est tellement dur de voir l'abattement dans les yeux d'un enfant de 4 ans qui a déjà compris qu'il n'y aurait au final rien de bon pour lui, pas de répit, pas de tendresse ou si peu. 
Et cette foutue pandémie qui leur fait voir la vie d'un peu plus bas encore, plus de mains qui se serrent, plus de câlins sur les genoux, plus de bras protecteurs pour réchauffer si ce n'est leur cœur au moins leur corps dans la rigueur de l'hiver. 
Non, il ne voit que des gens masqués qui, pour certains, ont perdu le sens de leur travail, on ne va pas se mentir et claironner que tout est parfait. 
Les services sociaux travaillent en flux tendus depuis le début de la pandémie, face à une recrudescence de misère dans une région qui était pourtant déjà bien servie de ce coté. 
Il y a aussi les visites parentales encadrées (mot plus joli que surveillées) par les professionnels, les visites inter fratrie quand les enfants sont placés dans des structures différentes et cette petite phrase d'un garçon de 7 ans qui attrape la main de sa sœur cadette, agée de 5 ans et lui dit "Comment ça fait longtemps que je n'ai pas pu te tenir la main! Je te demande pardon"...

Je ne connais pas la fin de cette conversation, j'ai du sortir. J'ai laissé les larmes couler parce que ca va bien 5 minutes. J'ai eu envie d'hurler après un pangolin (déjà digéré) que c'était inadmissible d'empêcher un petit garçon de 7 ans de tenir la promesse qu'il a fait un jour à sa petite sœur, de ne jamais lui lâcher la main. J'ai eu envie d'une cigarette. 

Certains jours, leurs regards continuent de me hanter bien longtemps après avoir fermé la porte de mon bureau. 



Commentaires

  1. Quelle phrase terrible... J'en ai les larmes aux yeux...

    RépondreSupprimer
  2. comment me mettre les larmes aux yeux dès le début de la journée. pauvres gamins ! je crois, non je suis sûre, que je ne pourrai jamais travailler dans le social, de quelque manière que ce soit. trop de tristesse !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vraiment pas évident, et heureusement que ce n'est pas la totalité de mon travail, c'est vraiment très difficile.

      Supprimer
  3. Un témoignage bouleversant !!

    RépondreSupprimer
  4. Que c'est dur de lire ça. J'en suis toute retournée.

    RépondreSupprimer
  5. Ça doit pas être facile tous les jours ton travail. Prends soin de toi. Ces pauvres petits bouts. Dernièrement j'ai vu un reportage sur France 3 sur l'ASE et c'était dur comme ce que tu racontes.

    RépondreSupprimer
  6. Cela doit tellement être dur d’assister à ce genre de scène. Je suis bouleversée rien que de t’avoir lu...

    RépondreSupprimer
  7. Je n’aurais jamais pu travailler dans le social, je n'aurais pas supporté... Je suis bouleversée rien qu'à te lire, alors si je devais y être confrontée je passerais mes journées en larmes.

    RépondreSupprimer
  8. Jenny_queue_ni_tete12 février 2021 à 00:30

    Tout simplement horrible... Horrible pour ces enfants et horrible pour les gens comme toi, qui sont face à ça sans pouvoir rien faire...

    RépondreSupprimer
  9. Ça doit être très dur à vivre ,vu que même à lire c'est dur. Courage pour ces moments là. Agathe

    RépondreSupprimer
  10. Je ne sais pas si mon côté ultra sensible aurait pu supporter de voir le malheur quotidiennement car déjà te lire est bouleversant. Le plus difficile ça n'est peut-être pas de le voir mais de savoir qu'il n'y a pas grandes solutions et que souvent l'administratif et ses lenteurs prennent le dessus sur l'humain ou le bon sens. Toi et tes collègues faites avec vos moyens et votre sensibilité et c'est vraiment admirable de vous occuper de cette misère et de ces enfants en souffrance.
    Tu as dis sur insta que de temps en temps tu voyais des moments heureux, j'espère que tu en verras de plus en plus.
    Est-ce un métier que l'on peut faire longtemps ? Le détachement (l'aptitude de pouvoir couper entre le bureau et la maison) est-il nécessaire pour durer ?
    @+ Biz

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais pas, je suis en poste depuis un an donc c'est clairement trop frais pour avoir du recul et je prends tout en pleine tronche…
      Mes collègues sont e poste depuis 20 ans et sont pour la plupart trop blasés à mon goût.

      Supprimer
  11. Respect parce que j'en serais bien incapable. Si y a bien un truc qui me bouleverse, c'est ça. J'ai plus de mots

    RépondreSupprimer
  12. C'est bouleversant. J'ai tellement de peine pour ces enfants qui n'ont rien demandé. La vie ne les épargne pas, mais pourquoi ? Ce ne sont que des enfants. Ils ne devraient que jouer et rire... Je n'ose imaginer toute cette émotion que tu dois ressentir face à tant de tristesse...

    RépondreSupprimer
  13. C’est pour toutes ces raisons que je ne peux plus faire de « social individuel ». Trop d’empathie.

    RépondreSupprimer
  14. Je suis incapable de faire ce genre de travail... Je finirai par en mourir litteralemebt de chagrin, ou alors en prison parce que jaurai emmené sans avoir le droit tous ces pauvres gosses chez moi.... Quelle misère... Magalie

    RépondreSupprimer
  15. Moi tout ça, c'est trop dur pour moi! C'est au delà de ce que je peux supporter... certes il y a l'enfance mais j'avoue que je place aussi haut toutes les souffrances infligées à des humains enfants, adultes, handicapés etc
    Je suis une trop sensible à la souffrance sous toutes ses formes et effectivement tout est exacerbé depuis 1 an.
    Je tire un immense chapeau au travail de toutes ces équipes à tous les niveaux, parce que je ne suis absolument pas capable de supporter ça ne serait-ce que 2 minutes!

    RépondreSupprimer
  16. Je me rappelle le discours de la directrice de l' école qui disait en substance qu elle voulait continuer a vivre dans le monde des Bisounours.Que ce monde était bien trop dur pour certains enfants.Et je me dis souvent qu' il faut être bienveillant avec ces enfants dont on a la charge qui connaissent pour beaucoup un quotidien bien compliqué entre garde alternée et pour d' autres la maltraitance.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Capitaine Janvier

Oui, j'ai décidé de recommencer à nommer les titres des chroniques par des noms de films. Une lubie comme une autre et puis, ça t'obligeras à être curieuse. Il n'y aura pas que des chefs d'œuvres du 7ème art, te voilà prévenu.  Cap Blanc Nez, Javier 2021.  Je ne m'engage à rien par ici, pas de publication prédéfinie. Je me connais trop bien et si je me mets une pression, c'est un truc à me dégoutter. J'aimerais venir au moins une fois par semaine, pour laisser trace de mes petits bonheurs de la semaine car on ne va pas se mentir, en ce moment, on aurait envie de se réjouir d'une quenouille.  Je fondais de grands espoirs sur Janvier. Après la bonne grosse année de merde 2020, je pensais que 2021 nous ferait tout oublier. J'ai beau avoir presque 45 ans (même à écrire, ça fait mal), je reste d'une naïveté sans nom. Les dix premiers jours s'étaient pas trop mal passés et puis dimanche 10 janvier, la machine (NDLR moi) s'emballe et me voilà do

Les petits bonheurs de la semaine.

 Autant te le dire de suite, la journée a mal commencé. Tu sais le réveil à 9h mais où déjà tu soupires de ce dimanche qui va trainer en longueur? Non, tu vois pas? C'est que tu as des enfants en bas âge, tu comprendras plus tard!  A 11H30, je n'étais toujours pas sortie de sous la couette et si cette perfide vessie ne m'avait pas chagrinée, je crois bien que j'y serais encore. Besoin de rien (et désolée Charden) mais envie de rien non plus. C'est pile à ce moment que l'idée de renouer avec cette rubrique est apparue, les petits bonheurs de la semaine pour tenter de voir le positif dans tout ce bordel (je te rappelle que je vis dans le Nord et donc dans la bruine depuis le début de l'année, ça n'aide en rien).  J'avoue qu'il a fallut réfléchir. Longuement.  - Premier petit bonheur, la stabilisation de mon papa. Enfin. Si tu ne me suis pas sur Instagram, le COVID de mon père n'a pas bien évolué et il a dû être hospitalisé. Lui remonter le taux

Mince, alors!

C'est bizarre quand on n'a jamais eu de problème de poids, on a du mal à aborder le sujet.  Qu'y a-t-il de mal à vouloir se sentir mieux dans son corps même si on ne taille pas un 54? Rapide état de lieu de la tenancière (toujours moi), j'ai 45 ans et je mesure 1,70.  J'ai longtemps (j'allais écrire toujours "LOL") porté du 38 et pesé dans les 60 kilos.  Et puis, j'ai arrêté de fumer.  Et puis, je me suis séparée.  Et puis, je n'étais plus bien dans ma vie professionnelle.  Tu as la combinaison "gagnante" de comment prendre 10 kilos en deux ans. Merveilleux!  Et puis, en septembre dernier, j'étais en vacances avec ma mère et mon beau-père et comme il ne vide jamais la carte mémoire de son appareil photo, j'ai revu des photos de moi prises il y a 3 ans. Le choc.  J'étais 'sur le cul (moelleux donc confortable)  mais j'ai continué la politique de l'autruche en me goinfrant comme jamais.  Une fois à la maison, cou